LES DIFFERENTS TYPES DE COMPRESSIONS :
En préambule : Hardware Vs. Software
De la même manière qu’il existe aujourd’hui plusieurs manière de travailler le signal audio pour la composition ou l’édition, le séquençage ou encore l’enregistrement, il existe également plusieurs type de compresseurs. L’un de ces types étant évidemment les compresseurs en « plug-ins » pour l’audionumérique, qui viennent s’utiliser dans les séquenceurs virtuels logiciels. Il existe aussi des versions « hybrides » comme celui d’Universal Audio (UAD-1) ou encore de Sony Oxford, qui allient une partie logicielle avec un processeur physique (DSP). Ces derniers ont des performances particulièrement probantes et permettent l’émulation d’appareils vintage de façon très efficaces. Le seul souci, c’est que ces petits bijoux fonctionnent en circuit fermés sur des interfaces dédiées et spécifiques, ne pouvant être utilisés librement sur n’importe quelle machine.
La plupart des plug-ins de compression sont destinés à émuler directement leur équivalent hardware, dont ils sont généralement inspirés même pour le design. Certains d’entre eux ont des sonorités et des possibilités qui vont bien au-delà de leur version hardware et permettent ainsi d’améliorer les lacunes ou les limites que le matériel physique impose, mais ce n’est pas valable pour TOUS les compresseurs en plug-ins, au contraire : seul quelques rares plug-ins ont ce niveau de qualité et d’efficacité, sachant que généralement, le prix élevé est aussi au RDV. Dans le monde de l’audio, d’une façon générale, on préfèrera toujours utiliser des compresseurs hardware plutôt que des plugins, du simple fait de la fiabilité et la précision du matériel face à l’approximation et l’infériorité des versions émulées.
L'origine : Les compresseurs HARDWARE
Si l’on doit condenser un peu et résumer, je dirais qu’il existe 3 grandes familles de compresseurs hardware : les compresseurs « TUBE », les « VCA » et les « OPTICAL » (appelés aussi « OPTO »). Il existe évidemment des hybrides de ces trois types ou encore des “Dual” qui vont reprendre une partie des caractéristiques de l’un et de l’autre en même temps dans un seul et même appareil. Ainsi, on peut avoir un compresseur qui possède des préamplis à tube mais un circuit de compression optique… ou un autre qui alliera une compression VCA et optique permettant à l’utilisateur de switcher selon ses besoins durant le mix. Ceci étant dit, quel que soit le type de compresseur, la façon dont la compression s’opère est basiquement la même.
La plus ancienne et légendaire compression dans le matériel hardware (et la plus recherchée !), c’est incontestablement celle basée sur les compresseurs à TUBE. Utilisant encore la technologie de ces bons vieux tubes « vacuum » pour compresser le signal, on repère immédiatement un bon compresseur à tube par le son vraiment chaud et rond qu’il apporte, conférant très souvent un aspect un peu vintage au son. D’ailleurs, ne cherchez pas à comprendre autre chose : très souvent, lorsque vous entendez un morceau et que vous vous demandez comment l’ingé-son a obtenu ce son si particulier et un peu unique… c’est qu’il y a un compresseur de qualité élevée (et généralement de prix élevé aussi !) derrière le traitement sonore.
Ceci dit, si les compresseurs à tubes sont les plus recherchés et les plus chers (ceci étant dû à la technologie employée et les composants), ils ont aussi leurs défauts et leurs aspects négatifs… notamment le fait que le temps de réponse du traitement audio soit plus lente que sur les compresseurs VCA, leurs capacités à faire du « limiting » est assez mauvaise (il s’agit d’utiliser des taux de compression très élevés avec un réglage de seuil très bas… nous y reviendrons). Une de leurs qualités est parfois aussi un défaut gênant : ils apportent une forte coloration du son, ce qui peut gêner certains ingénieurs qui recherchent une compression douce et neutre.
Qu’à cela ne tienne, comme je l’ai écrit plus haut, il existe plusieurs types de compresseurs, qui ont donc plusieurs types de rendus et des caractéristiques qui ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une recherche définie par les besoins. Ainsi, les compresseurs VCA (Voltage Controlled Amplifier) utilisent une technologie SOLID-STATE (que ce soient des transistors ou des circuits intégrés) pour effectuer le travail de traitement. C’est généralement le type de compresseur le plus rapide, le moins coloré (surtout dans les niveaux de compression élevés) et présente un ratio d’efficacité supérieur aux compresseurs à tubes dans les fonctions de limiting et de compression forte. Souvent, du fait de la neutralité et de l’absence de « coloration » de ces compresseurs, on dit que les compresseurs VCA sont froids et sonnent artificiels, ce qui sous-entend généralement qu’on leur fait la réputation d’être moins « beaux » que les TUBES ou les OPTO sur les taux de compression normaux… C’est d’ailleurs en partie pour tout cela que ces compresseurs VCA se trouvent pour moins chers, servent de limiteurs ou encore sur des Live qui nécessitent moins d’attention de ce côté-là que l’enregistrement d’un album en studio !
Les compresseurs optiques – OPTO – sont des petites bestioles un peu différents : ils créent une compression en transformant l’électricité du signal audio en lumière, par le biais d’une diode électroluminescente (LED) et lisant les informations ainsi transmises par lumière via une cellule photovoltaïque qui va retransformer les informations lumineuses en électricité. Ces compresseurs OPTO sont souvent considérés, sur le plan de l’esthétique sonore, comme étant à mi-chemin entre le compresseur à tube et le compresseur VCA : son rendu sonore est qualifié de légèrement chaud et doux, avec une transparence suffisante. Le principal avantage du compresseur OPTO, c’est qu’il ressemble assez au compresseur à TUBE, mais pour un prix nettement inférieur, se rapprochant parfois du prix des compresseurs VCA, ce qui en fait un concurrent sérieux ! Son principal désavantage, comme tout ce qui est basé sur les compromis dans la vie, c’est qu’il n’a pas la vraie richesse du compresseur à TUBE ni la véritable efficacité et rapidité du compresseur VCA, notamment sur les taux de compression élevés.
Alors lequel choisir, finalement ? Lequel est le meilleur ? Il n’y a pas de réponse à cette question, évidemment ! Ce serait comme demander quelle est la meilleure couleur ! Je dirais que le meilleur compresseur est celui dont vous avez besoin lors d’un mixage… ce qui implique la volonté de donner (ou non) une coloration au son, de faire ou non du limiting et/ou d’avoir un compresseur rapide et réactif ou plutôt lent… c’est pour cela que tous les studios, ou presque, possèdent plusieurs compresseurs et de différents types. Ce n’est vraiment pas du luxe ou du surfait, c’est pour pouvoir répondre à différents besoins. D’ailleurs, vous serez d’accord de dire que pour chaque type d’instrument, de voix ou de lieux, il est logique et judicieux d’utiliser des microphones différents et adaptés au besoin ? Et bien, il en est de même pour les compresseurs : à chaque besoin, chaque situation, chaque volonté sonore, il existe son type de compresseur !
Avant de continuer, comme je sais déjà que certains vont poser la question, je voudrais simplement faire une grande parenthèse sur les compresseurs multibandes (MBCs), bien que je préfèrerais attendre la partie qui leur sera consacrée (tout comme je vous invite à ne les utiliser qu’au bon moment, et ce n’est pas pour tout de suite !).
Les compresseurs dont nous venons de parler jusqu’à présent et qui resteront le principal sujet de discussion, sont ce que nous qualifieront de compresseur « large bande » ou « large spectre ». Pour simplifier, ils agissent sur l’ensemble du spectre sonore et des fréquences. Les MBCs, eux fonctionnent avec une découpe du spectre, permettant, par exemple, d’assigner la bande 1 aux basses fréquences, la bande 2 aux moyennes et la bande 3 aux hautes fréquences. L’avantage évident et immédiat de ce type de compresseurs est de pouvoir proposer des réglages spécifiques et différents à chaque bande du spectre sonore, permettant, par exemple, de compresser plus fortement les basses, en compressant très légèrement les moyennes fréquences et limitant ou écrasant les hautes fréquences… ou l’inverse !
Les MBCs, à l’instar de leurs homologues monobandes, se déclinent aussi dans les trois types : TUBE, VCA et OPTO et peuvent aussi être hardware comme software, tout comme les versions hardware sont généralement plus efficaces et plus recherchées que les versions plug-ins (le prix ayant toujours la même logique, évidemment).
Il y a de véritables avantages à utiliser des MBCs, en particulier dans l’étape de Mastering où l’on ne se préoccupe plus de chaque voie pré-mixée, mais de l’ensemble du mixage sur une seule et même voie de mixage. Par exemple, si le kick est un peu faible et que besoin est de le relever, de l’accentuer pour lui donner un peu plus de punch, mais que vous n’avez qu’une piste stéréo du mix de vos drums pour travailler sans avoir la piste solo du kick, le MBC est votre sauveur, car il vous permettra de travailler uniquement les fréquences proches de celle de votre kick, utilisant une technique plus efficace et plus précise qu’un EQ qui va parasiter nécessairement le son sur les fréquences proches.
Ceci étant dit, pour clore cette petite parenthèse, il faut bien garder à l’esprit que l’utilisation de MBCs est particulièrement délicate, complexe et nécessite déjà une excellente maîtrise de la compression monobande. C’est pour cela qu’au fil de l’apprentissage ici présent, nous nous concentrerons principalement sur les compresseurs monobandes et, lorsque viendra le temps, nous commencerons à effectuer des exercices avec des compresseurs multibandes… les MBCs.
Pour l’instant, passons à l’étape 1 de l’utilisation d’un compresseur : les paramètres standards des switches et des knobs d’un compresseur… à quoi servent-ils et quelles incidences sur le son ont-ils ?

